L’entreprise en Algérie à l’heure du Management. Etudes de cas.

Problématique

Dans un contexte de crise économique et sociale, aggravée par la chute brutale survenue au milieu des années 1980 des cours de pétrole, principale source de revenus du pays, l’Algérie a été amenée à adopter une série de mesures dites d’ « ajustement structurel ». Une bonne part de ces mesures a touché les entreprises économiques sur la voie de la libéralisation de l’économie. Cela s’est traduit entre autres par plusieurs mesures de privatisation, souvent partielle, ayant touché des entreprises publiques ou même par l’apparition de sociétés complètement étrangères appartenant à des groupes économiques et financiers issus des pays industriels occidentaux.

 Le changement survenu au niveau de la propriété de ces entreprises a entraîné un changement au sein de la composante des groupes dirigeants et surtout au niveau des politiques et procédés de gestion. Cela se rapporte aussi bien aux valeurs et normes de ces politiques qu’aux pratiques managériales adoptées par ces nouveaux patrons originaires du monde industriel occidental.

 Ce projet de recherche se propose d’apporter des éclairages sur la genèse et les conséquences du processus de l’application de ces méthodes managériales selon une approche sociologique où le management est loin d’être considéré comme « simple technique » mais comme le suggère V. de Gaulejac, « une technologie de pouvoir entre le capital et le travail, dont la finalité est d’obtenir l’adhésion des employés aux exigences de l’entreprise et des actionnaires. »

 Par ailleurs, on note aussi que le présent projet peut être considéré comme, à la fois, une continuité du thème général du précédent projet mais aussi comme un approfondissement voire une réorientation de ses questionnements dans un sens plus critique. Il s’agit du projet que nous avons réalisé sous l’égide du CRASC où nous avons tenté de cerner les principales caractéristiques du gestionnaire de l’entreprise publique en Algérie et celui qui commençait à faire son apparition dans les entreprises privées internationales et mixtes qui se sont installées dans le pays.

 Ainsi, et comme le souligne V. Boussard, il est à rappeler que la gestion (ou le management), apparue avec l’époque moderne, est devenue, notamment dans les pays où elle a fait son apparition et connu son évolution, « une manière indispensable et indiscutable de gouverne de toute forme d’action collective » et aussi une sorte de « forme évidente de conduite des organisations. » Et c’est là où nous pensons qu’il serait légitime et pertinent de soulever la question sur la manière dont ces techniques seraient entrain de se diffuser au sein de plusieurs entreprises en Algérie, avec leur composante humaine locale. Nous tenterons de mettre au jour les conséquences de cette diffusion en concevant la gestion, tel que le propose la même sociologue, comme un croisement de deux niveaux :

1- Le ‘‘Logos gestionnaire’’, c’est-à-dire l’ensemble des valeurs, normes, critères développés et imposés par les praticiens, les experts et les idéologues du Management, et
2- Les pratiques et actions propres au contexte local, avec ses caractéristiques, ses conditions, ses acteurs et son rapport de force.

 C’est dans ce cadre précis que nous souhaitons à travers ce projet d’apporter des éclairages sur les stratégies adoptées par les groupes dirigeants de l’entreprise algérienne, passée sous contrôle des groupes capitalistes internationaux, pour mettre en application les techniques, procédés et dispositifs du management d’une part, et d’autre part, ce que l’on peut appeler les « contre stratégies » adoptées par les autres acteurs ‘‘ dirigés’’ : cadres, employés, travailleurs, syndicats locaux soit pour adopter ces procédés ou amenuiser leurs conséquences, les contourner, y résister, etc.

 A partir de là, nous essayerons de répondre à un ensemble de questions que nous avouns formulées en ces termes :


- En quoi consistent les principales valeurs et normes managériales (le Logos gestionnaire) des nouveaux dirigeants de l’entreprise en Algérie (notamment mixtes et internationales) ?

- Quels sont les procédés, techniques, dispositifs et stratégies adoptés par ces groupes dirigeants pour appliquer ces normes managériales ?

- Quelles sont les réactions des autres acteurs ‘‘dirigés’’ (cadres, employés, travailleurs, syndicats) face à ces techniques et procédés ?

- Quelles les principales conséquences de ce processus à la fois sur les entreprises en tant qu’entités socio-humaines et sur la forme de management en tant que pratique réelle dans ces entreprises au-delà des discours officiels, médiatiques ou autres ?

Chef de projet

MERANI Hacène

 

Membres de l’équipe
BOUDRA Nadia
MENDJEL Djamel

BENKERROUM Zouaoui