INSANIYAT N° 44-45 [2009]
Alger: une métropole en devenir
Présentation

Avec la parution de ce numéro double sur Alger, la revue Insaniyat poursuit un projet, qui tend à devenir, au cours des ans, une vraie tradition. Celle de consacrer des numéros thématiques au devenir des villes algériennes et maghrébines nommément citées et scientifiquement décortiquées dans leurs divers aspects et métamorphoses physiques et culturelles. Venant après d’autres numéros traitant des villes algériennes[1] , qui avaient permis d’esquisser le regard anthropologique de la revue sur l’urbain, ce numéro sur Alger ambitionne de rajouter une touche à cet édifice commun.
Ce parcours éditorial allant du global au local, vouant un intérêt particulier aux faits et configurations matérielles et immatérielles inscrites dans des territoires, dans des tropismes locaux, n’est pas fortuit. Il découle de la nécessité, au sein de la communauté des chercheurs sur l’urbain dans notre pays, de saisir la spécificité des processus de fabrication matérielle et symbolique des villes algériennes, à travers la prise en compte de ce que d’aucuns appelleraient les pesanteurs, les effets de rémanence de leur histoire urbaine particulière.
De ce point de vue, ce numéro sur Alger ne déroge pas à la règle. Il nous permet en effet, tout en jetant un regard analytique sur l’histoire, d’accéder à une échelle d’analyse plus métropolitaine, où se déploient des logiques et des enjeux de pouvoir particulièrement accentués. Capitale d’un pays en pleine mutation, lieu de centralité administrative et politique, espace aussi de proximité de l’ensemble des acteurs qui la fabriquent par rapport à cette même centralité, Alger constitue plus que toute autre agglomération du pays, le lieu où se sont exacerbées et affrontées les tensions et les contradictions générées par une histoire féconde et tourmentée.
Les contributions rassemblées dans ce numéro, dans leur richesse et leur diversité, passent en revue, des aspects plutôt problématiques des changements urbanistiques, architecturaux, culturels et linguistiques qui ont forgé la trame sociologique de la ville dans le passé et qui continuent de nos jours, à influer sur ses dynamiques urbaines exprimant en cela son irréductible et attachante personnalité.
A travers les articles de Allaoua Ammara et Zeineb Moussaoui sur « La ville d’Alger au Moyen Âge » et celui de Samia Chergui sur « le waqf et l’urbanisation d’Alger à l’époque ottomane » tout d’abord, ce sont des pans assez méconnus de l’histoire d’Alger qui nous sont présentés. On découvre ainsi combien cette petite bourgade côtière du centre du Maghreb avait déjà des atouts géographiques considérables qui allaient certes, construire sa force et sa puissance, mais combien aussi le génie urbain de ses habitants allait faire d’une institution juridique, le waqf, un instrument d’urbanisme d’une redoutable efficacité. En soustrayant aux appétits des particuliers des portions entières de l’espace urbain, la mise en habous peut être considérée comme un instrument particulièrement original de planification urbaine qui avait établi en quelque sorte avant l’heure, des règlements d’urbanisme préservant l’intérêt général dans une ville très cosmopolite qui risquait à chaque instant d’imploser sous le poids des appétits particuliers et sous le coup des luttes intestines de ses dirigeants de l’époque.
Plus près dans le temps, Fouzi Boudaqqa nous invite à comprendre le poids des contraintes géographiques et des politiques de planification urbaine durant l’ère coloniale sur la fabrication physique de la ville. Il rappelle ainsi à notre souvenir la très forte empreinte des édiles municipaux, mais aussi de l’administration à la fin de la période coloniale sur les choix urbanistiques forts d’extension vers l’est qui continuent à générer des effets puissants en terme d’urbanisation jusqu’à l’heure actuelle. Et c’est peut-être à l’aune de cette rétrospective générale, mais combien utile qu’il faut replacer la lecture des contributions de Madani Safar Zitoun, de Nora Semmoud, Larbi Icheboudene et Tahar Baouni qui, chacune à sa façon, soulignent la particularité des évolutions en cours rassemblées dans la première section de ce numéro. Tahar Baouni, qui a traité de la question du rapport entre planification urbaine et politique des transports dans l’agglomération d’Alger, nous montre combien la période post-indépendance s’est illustrée, en effet, par de grands cafouillages, sinon des erreurs flagrantes en matière de prospective et de planification urbaine. Il montre, à cet égard, comment les cadres méthodologiques et conceptuels de la planification du développement de l’agglomération ont péché par manque de continuité et comment ils ont contribué à occulter les problématiques des mobilités de travail et des transports collectifs. La contribution de Madani Safar Zitoun, « Alger d’aujourd’hui : une ville à la recherche de ses marques sociales » nous présente, quant à elle, l’autre visage de la ville : celui approché à travers les pratiques et processus d’appropriation de l’espace par ses habitants. Développant une analyse détaillée des modalités de croissance démographique, des pratiques de mobilité résidentielle et de travail, de la distribution des populations algéroises en fonction de leurs caractéristiques sociologiques dans l’espace, l’auteur tente de présenter un tableau des évolutions en cours. S’il nous invite, à travers une analyse serrée des chiffres, à nous méfier des stéréotypes et représentations fausses présentant Alger comme une énorme agglomération “métropolitaine”, il nous montre également comment les couches sociales aisées se sont progressivement dessaisies d’un centre-ville envahi par les activités tertiaires, pour s’installer dans les communes périphériques prolongeant les quartiers huppés des hauteurs. Dans la même démarche attentive à la manière selon laquelle l’urbanité se construit essentiellement “par le bas”, à travers les pratiques habitantes, Nora Semmoud décrypte pour notre bonheur intellectuel les « nouvelles significations du quartier dans la périphérie algéroise ». Elle nous montre, avec force arguments tirés de plusieurs enquêtes de terrain, comment certains quartiers décriés et stigmatisés de la périphérie est d’Alger, contrairement à certaines idées reçues, sont devenus de véritables laboratoires de construction d’une citadinité active et inventive qui n’a rien à voir avec les citadinités figées et muséales d’antan. À cet égard, les analyses que présente Larbi Icheboudene sur les problèmes de manque de gouvernance au niveau de la Capitale, fournissent des pistes explicatives sur cet aspect précis des dynamiques en cours. On comprend un peu mieux à la lecture de ce texte combien les jeux des acteurs sont étroitement imbriqués ; l’urbain comme la nature, ayant horreur du vide, surtout quand ce dernier est de l’ordre de la communication, du dialogue entre gouvernants et gouvernés à propos de la chose urbaine, on se retrouve dans une configuration où les populations, laissées à elles mêmes, inventent des solutions d’urbanité nouvelles, qui ne sont pas dénuées d’intérêt.
La seconde section du numéro s’intéresse beaucoup plus à l’évolution de ce qui exprime par excellence le lien urbain, ce qui le rend intelligible et qui lui donne un sens : le lien symbolique. Dans la mesure où la ville n’est pas seulement un lieu qui se définit par sa matérialité, sa structure physique, sa morphologie comme diraient d’aucuns, mais un lieu de production de sens, de culture dans ses différentes formes et expressions matérialisées ou non, c’est à une exploration des différentes facettes de l’imaginaire urbain algérois que nous invitent les différentes contributions rédigées par des socio-linguistes, anthropologues et autres architectes sémiologues attentifs à la lecture du symbolisme urbain.
Dans son article « Alger racontée, Alger mise en scène (dans la fiction et les essais) », Khaoula Taleb-Ibrahimi nous embarque dans un voyage riche en péripéties et en périls symboliques ; il s’agit de restituer dans leur complexité et leurs paradoxes, les représentations fantasmées et souvent douloureuses de ce qui décrit peut-être le mieux l’urbanité bancale et difficile de la ville aujourd’hui : les contradictions et les conflits d’images et de représentations que l’on croise à chaque coin de rue. On constate, en effet, à travers cet essai qui est allé interroger les constructions imaginaires des écrivains, romanciers et nouvellistes, mais aussi les écrits et autres manifestations de sens (les graffiti), les marquages, les ‘tatouages muraux’ pensés souvent comme indélébiles, ceux à travers lesquels les Algérois “ordinaires” ont essayé d’exprimer leurs vécus et dire, combien l’Alger symbolique est restée plurielle et mystérieuse.
Concernant les aspects purement socio-linguistiques, c’est-à-dire se rapportant à l’analyse de la production des parlers locaux, de leurs usages sociaux complexes dans les situations de transaction sociale, la contribution de Kahina Djerroud « Catégorisation des quartiers d’Alger/ langues usitées : quelle(s) corrélation(s) sociolinguistique(s) ? » apporte des éclairages féconds sur ces jeux de miroirs, sur ces “leurres” symboliques que constituent certaines formes architecturales et urbaines hyper-chargées de sens. On découvre ainsi avec beaucoup d’intérêt, la force d’imprégnation de certaines images-guides héritées de l’histoire fantasmée de la ville qui assignent des contenus linguistiques particuliers à des quartiers quasiment mythifiés : Hydra et Belcourt ; ces versants “chic” (et donc francophone) et “populaire” (donc arabophone) d’un imaginaire algérois qui reste paradoxalement à contre-courant de la réalité des faits de peuplement des quartiers algérois depuis l’indépendance du pays qui ont produit des situations de mélange social faisant justement la spécificité de l’urbanité algéroise. Tout se passe comme si les habitants s’enfermaient dans des ghettos symboliques qu’ils contribuent à reproduire malgré eux. À cet égard, les annotations et observations développées par Karim Ouaras dans son article « Les graffiti de la ville d’Alger : carrefour de langues, de signes et de discours. Les murs parlent… » permettent de saisir ce qui fait sans doute la particularité algéroise des pratiques de marquage de l’espace par les graffiti : les murs devenant surtout un support de la parole habitante, dans ce qu’elle véhicule comme frustrations d’ordre politique, à l’échelle du sociétal, du global comme à l’échelle plus micro-sociologique de la rue, de la portion de quartier que l’on s’approprie symboliquement en nommant ses frontières, en le déclarant comme un intérieur plein de sens. Par rapport aux agglomérations des pays du Nord, la rareté des « tags » observés dans la ville d’Alger, la quasi-exclusivité des graffiti comme formes de marquage de l’espace exprimeraient encore la prédominance du « nous » collectif par rapport au « je » individuel, indiquant en cela une urbanité algéroise certainement beaucoup moins individualiste qu’on pourrait le croire. Enfin, et dans la même logique d’essai de décryptage de ces processus très subtils par lesquels les sociétés urbaines locales réinventent leurs identités, leurs substances symboliques à travers un travail sur elles-mêmes de recomposition des significations et des sens assignés à des objets matériels triviaux comme les aliments, Cherif Benguergoura nous invite dans son article « Nourritures, signalement et relations sociales. Observation de quelques pratiques actuelles en milieu algérois » à réfléchir avec lui sur le rapport à la nourriture comme rapport d’échange symbolique avec les autres et avec un « cosmos », dans le sens anthropologique du terme, qui devient de plus en plus urbain.
1. Cf. numéro d'Insaniyat sur Oran, une ville d'Algérie, n° 23-24, CRASC, 2004 et numéro d'Insaniyat sur Constantine, une ville en mouvement, n° 35-36, Oran, CRASC, 2007.
Madani SAFAR ZITOUN
Hommages
Jean-Jacques Deluz (1930-2009), par Ammara BEKKOUCHE
Germaine Tillion (1907-2008), par Badra MOUTASSEM-MIMOUNI
En langue arabe
Abdelkebir Khatibi (1938-2009), par Mohamed HIRRECHE BAGHDAD
Présentation par Madani SAFAR ZITOUN
En langue française
En langue arabe
Alger d’hier à aujourd’hui : la reconfiguration d’une métropole
Allaoua AMMARA et Zeineb MOUSSAOUI, La ville d’Alger au Moyen Âge, (en langue arabe)
Samia CHERGUI, Le waqf et l’urbanisation d’Alger à l’époque ottomane
Fouzi BOUDAQQA, Quelques aspects du processus d’urbanisation de la ville d’Alger, (en langue arabe)
Madani SAFAR ZITOUN, Alger d’aujourd’hui : une ville à la recherche de ses marques sociales
Nora SEMMOUD, Nouvelles significations du quartier, nouvelles formes d’urbanité. Périphérie de l’est d’Alger
Tahar BAOUNI, Le transport dans les stratégies de la planification urbaine de l’agglomération d’Alger
Larbi ICHEBOUDENE, Réflexion sur la gouvernance urbaine à Alger. Prérogatives institutionnelles et monopoles politiques
Les pratiques culturelles algéroises : une identité en construction
Khaoula TALEB IBRAHIMI, Alger racontée, Alger mise en scène (dans la fiction et les essais)
Chérif BENGUERGOURA, Nourritures, signalement et relations sociales. Observation de quelques pratiques actuelles en milieu algérois
Kahina DJERROUD, Catégorisation des quartiers d’Alger/langues usitées : quelle(s) corrélation(s) sociolinguistique(s) ?
Karim OUARAS, Les graffiti de la ville d’Alger : carrefour de langues, de signes et de discours. Les murs parlent…
Varia
Lakhdar YAMANI et Kouider BRAHIMI, Evolution sociale et reconfiguration spatiale : la ville de Mostaganem
Selim OUALIKENE, Analyse empirique de la wilaya de Tizi-Ouzou (1962-2008)
Fatiha TABTI-KOUIDRI, La culture orale, une tribune pour les groupes dominés : la chanson populaire, un lieu d’émergence du discours féminin
Positions de recherche
Omnia ABOUKORAH, La sauvegarde du patrimoine architectural et urbain de la vieille ville du Caire. Enjeux et modalités
Vincent BISSON, Dynamiques comparées de l’urbanisation en milieu tribal (Tunisie et Mauritanie)
En langue arabe
Mohamed HIRRECHE BAGHDAD, Le discours idéaliste dans la philosophie allemande moderne. Étude analytique et critique
Comptes rendus de lecture
Collectif, Alger. Lumières sur la ville. Par Abed BENDJELID
Aziza BOUCHERIT, L’arabe parlé à Alger. Par Khaoula TALEB IBRAHIMI
Alger dans les beaux livres d’art. Par Khaoula TALEB IBRAHIMI
Tal SHUVAL, La ville d’Alger vers la fin du XVIIIe siècle. Population et cadre urbain. Par Madani SAFAR ZITOUN
Notes de lecture
Abed BENDJELID, Jean Claude BRULE et Jacques FONTAINE, Aménageurs et aménagés en Algérie. Héritages des années Boumediène et Chadli. Par Hosni BOUKERZAZA
Revue des revues (en langue arabe)
Par Abed BENDJELID
Résumés des articles
En langues française, anglaise et espagnole
En langue arabe
Allaoua AMMARA et Zeineb MOUSSAOUI: La ville d’Alger au Moyen Âge
Alger a une longue histoire. Déjà comptoir phénicien au premier millénaire avant J. C, la colonie d’Alger, Icosium, fut fondée par les Romains après 202 av. J. C. Elle devint une cité importante sous leurs empereurs puis probablement en partie détruite à la suite de l’invasion vandale. Cédée à Rome puis annexée à l’Empire byzantin, la ville antique d’Alger semble avoir perdu tout rôle durant le dernier siècle byzantin et au début de l’époque musulmane. Comme pour la majorité des villes maritimes du Maghreb central, l’histoire d’Alger est inconnue jusqu’au milieu du Xe siècle, date à laquelle la ville aurait été refondée par Bulukin, fils du puissant chef des Sanhaja de l’Algérie centrale à l’époque fatimide. Rebaptisée Gaza’ir Bani Mazghanna, la ville passa sous le contrôle des émirs berbères des Sanhaja puis fut gouvernée à partir du XIe siècle, par des membres de la dynastie hammadide. Dominée par les Almoravides à la fin du XIe siècle, elle devint quelques années plus tard l’une des villes les plus importantes des Hammadides. Conquise par les armées almohades, elle connut les guerres ayant opposé les califes de Marrakech aux Banu Ghaniya de Majorque. Enjeu majeur des luttes ayant opposé les Hafsides, Ziyanides et Mérinides, la ville fut finalement dominée et administrée par les Ta’aliba, une tribu arabe qui s’était infiltrée dans la Mitidja au XIIe siècle, jusqu’à la prise de la ville par Arruj. ‘Abd al-Rahman (m. 874/1470), un des membres des Ta’aliba, devint le saint patron de la cité, marquant ainsi la domination politique et religieuse de ce clan arabe de la cité d’Alger de la fin du Moyen Âge.
Mots clés: Alger - histoire du Maghreb médiéval - al-Ta‘âlibî - urbanisme musulman - dynasties berbères - Bulukîn b. Zîrî.
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Samia CHERGUI: Le waqf et l’urbanisation d’Alger à l’époque ottomane
Dans l’Alger ottoman où le tissu urbain avait atteint très vite une densité considérable et où se trouvaient de moins en moins de terrains aptes à recevoir la moindre nouvelle construction, on mesure bien l’importance des fondations habûs. En offrant au pouvoir central ottoman aussi bien qu’aux populations algéroises un cadre juridique commode pour la réalisation d’opérations immobilières, d’envergure assez souvent mineure, elles aspirent à jouer un rôle significatif dans le développement urbain et dans l’organisation de l’espace de cette ville, dès la fin du XVIe siècle. Le présent texte se propose de cerner le rapport que devait entretenir la ville avec l’ensemble de ses fondations waqf. À la lumière des renseignements fournis par les documents d’archives de l’administration ottomane, on est amené à déterminer, en ce qui concerne Alger, le degré d’implication de l’acte habûs, proprement dit, dans la réurbanisation de la ville.
Mots clés: Alger - habûs - fondation pieuse - restructuration urbaine - réurbanisation - topographie - Ottoman.
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Fouzi BOUDAQQA: Quelques aspects du processus d’urbanisation de la ville d’Alger
Cette recherche traite de certains aspects du processus de l’urbanisation de la ville d’Alger, par le biais d’une analyse de quelques modèles architecturaux connus par la ville depuis les anciens modèles en passant par ceux conçus par l’autorité coloniale dont la conception répondait aux besoins militaires, sociaux et commerciaux de l’époque. A partir de ces missions réservées à la ville, l’occupant français a mis en œuvre un nouveau mode de fonctionnement, en ouvrant la cité sur son environnement en la rapprochant des nouveaux quartiers, par la destruction de ses anciennes murailles, l’établissement de grandes routes et de places publiques, consacrant par ces actions la naissance d’une ville européenne en phase avec son ancienne structure architecturale. Il est question également des différents modèles architecturaux adoptés par l’Etat algérien selon les dispositions des plans d’urbanisme mis en œuvre jusqu’à l’heure actuelle, avec leur cohérence et la transformation du modèle fonctionnel de la période coloniale en celui de la période de post-indépendance.
Cette recherche souligne également le caractère négatif de certains aspects qui découlent de l’urbanisation désorganisée, de la faiblesse dans la maîtrise des processus de croissance de la gestion urbaine non contrôlée ; il faut ajouter à cela les difficultés de répondre positivement à des mutations sociales et aux besoins de la société qui aspire à vivre dans un espace convenable dont l’environnement et le cadre de vie lui permettent de s’épanouir.
Mots clés: Alger - processus d’urbanisation - plan d’urbanisme - cadre et qualité de vie - gestion urbaine.
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Madani SAFAR ZITOUN: Alger d’aujourd’hui : une ville à la recherche de ses marques sociales
Le propos principal de l’article est de présenter les dynamiques en cours de l’urbanisation de la ville d’Alger. A partir de l’exploitation des données les plus récentes issues de divers travaux, mais essentiellement du recensement de la population et de l’habitat de 2008, l’auteur soumet à la critique des chiffres un certain nombre de stéréotypes et de mythes sociologiques sur l’évolution des faits de peuplement et de restructuration sociale dans l’agglomération algéroise. Après avoir invalidé les thèses de la macrocéphalie algéroise et le mythe du maintien de son alimentation démographique par l’ « exode rural », l’auteur souligne l’ampleur extraordinaire du mouvement de desserrement résidentiel observé ces vingt dernières années qui, évoluant en parallèle avec un puissant mouvement de concentration des emplois du tertiaire commercial dans la zone de l’hyper centre algérois, a contribué à aggraver les problèmes de fonctionnement urbain. Dans une deuxième section, l’auteur examine l’ampleur de ces déplacements mais également leur contenu social. Il montre que la réoccupation des communes du Sahel algérois situées dans le prolongement des quartiers huppés des hauteurs d’Alger a été le fait des couches favorisées de la population algéroise, et combien aussi les programmes publics destinés aux couches moyennes (programme de location-vente) vont contribuer à déporter ces dernières dans des enclaves périphériques de la lointaine périphérie et à dépeupler le centre-ville de sa population la plus cultivée et la plus dynamique. Il met en exergue enfin, dans la dernière partie de l’article, l’ampleur et la localisation spatiale de l’habitat précaire et souligne son caractère essentiellement endogène, c'est-à-dire produit par l’installation de nouveaux ménages originaires de la ville d’Alger et non pas de l’extérieur de la wilaya. Il conclut cet essai par des considérations générales soulignant la nouvelle distribution ségrégative de l’espace urbain algérois et les implications sociologiques de cette situation.
Mots clés: Alger - desserrement résidentiel - mobilité résidentielle - ségrégation sociale - mythes sociologiques - macrocéphalie.
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Nora SEMMOUD: Nouvelles significations du quartier, nouvelles formes d’urbanité. Périphérie de l’est d’Alger
La question de l’urbanité est abordée ici à travers les stratégies qu’élaborent les habitants dans leur ancrage résidentiel. L’entrée par les modes d’appropriation permet d’accéder aux représentations, aux formes de sociabilités, aux constructions identitaires et la façon dont elles redéfinissent le quartier et dont elles l’articulent à la ville. Apparaissent ainsi chez les ménages, des modes de vie et des pratiques d’adaptation et de rectification de l’organisation des espaces résidentiels qui témoignent de nouvelles formes d’urbanité. Une urbanité, qui à travers les actions des habitants pour l’intégration urbaine et sociale du quartier, prend les allures de la citoyenneté.
Mots clés: urbanité - modes d’appropriation - quartier - mode de vie - Alger.
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Tahar BAOUNI: Le transport dans les stratégies de la planification urbaine de l’agglomération d’Alger
L’objet de cet article se propose de mettre en relief la place du transport dans les instruments d’urbanisme connus par l’agglomération algéroise. Depuis l’indépendance, la politique urbaine d’Alger était marquée par une remise en cause permanente des instruments et outils d’aménagement et de planification spatiale. Il s’agit en premier lieu de donner un aperçu général relatif aux stratégies d’urbanisation préconisées par les principaux instruments élaborés durant la période postcoloniale, en l’occurrence, le schéma de structures de 1985, le POG, le PUD, le PDAU et le GPU. Dans un deuxième temps, la réflexion menée consiste à analyser les relations de la dimension des transports avec les options d’urbanisation élaborées par les différents plans d’urbanisme.
Mots clés: Alger - planification - transport - instrument - urbanisation.
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Larbi ICHEBOUDENE: Réflexion sur la gouvernance urbaine à Alger. Prérogatives institutionnelles et monopoles politiques
Cette réflexion se propose de traiter la question de la gouvernance. Après un bref rappel de l’état des lieux du champ théorique des approches, la question de la gouvernance est envisagée sur la base de l’expérience de la ville d’Alger. Les termes de la problématique de la gouvernance sont d’une part, les enjeux sociopolitiques qui président au devenir d’une société urbaine et de sa capitale, d’autre part, ceux relatifs aux statuts parfois précaires de la capitale et des instances de sa gestion, soit de son gouvernement urbain. De prime abord, l’impératif est de gouverner, sinon de gérer un organisme urbain, assurer les fonctions qui lui sont inhérentes et satisfaire aux besoins des citadins à travers des institutions et des structures. Mais les difficultés apparaissent dans les modes de conception et de mise en œuvre de politiques qui s’émancipent du souci d’adéquation entre les objectifs et les moyens, négligeant ainsi les exigences de la cohérence dans les rapports entre les institutions de l’Etat et les édiles municipaux en charge de la gestion quotidienne des problèmes sociaux urbains.
Il serait intéressant de s’interroger sur les raisons de glissements progressifs des prérogatives depuis les communes vers les services de la wilaya. Dans le cas d’Alger l’institution de wilaya, au mépris de la loi régissant les missions des communes, va graduellement s’arroger les attributions des communes au point de vider la structure municipale de ses fonctions principales, fondements de son existence.
Mots clés: gouvernance urbaine - institutions étatiques - collectivités locales - pouvoir municipal - vie quotidienne - Alger.
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Khaoula TALEB IBRAHIMI: Alger racontée, Alger mise en scène (dans la fiction et les essais)
« Alger, ville blanche sur fond noir », c’est une image contrastée mais aussi fascinante d’Alger que nous livre Chawki Amari, Adlène Meddi et d’autres écrivains de romans, de nouvelles ou d’essais dans une mise en scène parfois sérieuse, mais le plus souvent d’un humour corrosif et saisissant de réalisme même quand il verse dans l’absurde !
Alger, théâtre d’ombres qui résume les événements heureux et malheureux que le pays a vécu ces dernières années, mais qui traduit aussi les pulsions et les aspirations de ses habitants qui y vivent, qui arpentent ses rues tous les jours et qui peuvent la haïr ou l’aimer à la folie.
Alger racontée, aussi, par des chercheurs qui interrogent ses expressions culturelles urbaines pour en comprendre les significations qui seraient à la base de la construction d’une nouvelle identité algéroise plus en phase avec les évolutions urbanistiques, sociales, économiques et culturelles de la ville depuis l’indépendance.
Mots clés: Alger - image - romans - évolution - aspirations - expressions culturelles urbaines - identité algéroise.
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Cherif BENGUERGOURA: Nourritures, signalement et relations sociales. Observation de quelques pratiques actuelles en milieu algérois
Cet article traite des représentations investies de nos jours dans la consommation alimentaire en Algérie. Survient depuis voilà quelques décennies un mouvement de revalorisation de biens comestibles où se déchiffrent des pratiques dont l’action tend finalement à superposer à l’échange de biens celui des signes. Deux objectifs peuvent être discernés : contact social et marchandage autour de la reconnaissance sociale. Le texte, composé de deux parties ordonnées chacune en deux chapitres, se propose de faire ressortir le caractère qualifiant des aliments qui, dans les conditions d’une société devenue hiérarchisée, fonctionnent, par-delà la fonction de satisfaction du besoin de nourriture, comme vecteur de signalement du rang social. Ce que l’on peut relever à partir de pratiques observées de nos jours dans l’espace algérois est que l’alimentation, se faisant symbole social, contribue à intervenir dans la réaffectation des attributs sociaux.
Mots clés: nourritures - Alger - biens comestibles - marchandage - reconnaissance sociale - symbole social.
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Kahina DJERROUD: Catégorisation des quartiers d’Alger/langues usitées : quelle(s) corrélation(s) socio-linguistique(s) ?
Notre ambition, à travers cet d'article, est de relater les résultats d'une étude que nous avons menée en magister et qui avait comme principal objectif la mise en exergue des corrélations sociolinguistiques entre la catégorisation des quartiers d'Alger et les langues qui y sont usitées. Afin d'y parvenir, nous avons mené une enquête sociolinguistique dans deux quartiers d'Alger, l'un dit "populaire": Belcourt/Belouizdad et l'autre dit "résidentiel": Hydra. 62 enquêtés ont donc été interrogés, grâce à des questionnaires et à des entretiens semi-directifs, sur leurs représentations linguistiques et spatiales. A travers une analyse qualitative du discours de ces locuteurs, nous sommes parvenus à affirmer qu’il y a bel et bien un discours stéréotypé structurant les représentations linguistiques et spatiales à Alger.
Mots clés: sociolinguistique urbaine - corrélations sociolinguistiques - quartiers résidentiel et populaire - ségrégation spatio-linguistique - représentations - usages linguistiques.
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Karim OUARAS: Les graffiti de la ville d’Alger : carrefour de langues, de signes et de discours. Les murs parlent…
Ce qui nous intéresse en premier lieu, dans cette recherche, c’est le brassage de langues, de cultures, de discours et d’identités exprimé à travers la pratique du graffiti dans la ville d’Alger. Nous voulons savoir comment est vécu ce brassage dans un milieu qui affiche à la fois, reprenant les termes de L.-J. Calvet, une tendance à l’unification, à la coexistence et au conflit linguistique, dont les graffiti sont l’expression symbolique qui s’ajoute aux autres pratiques langagières effectives.
Dans cet article, nous insistons sur la teneur discursive des graffiti de la ville d’Alger, des graffiti qui « parlent » et qui « disent » des choses. Nous nous intéresserons à la mise en mots et à la mise en signes de la dynamique ethno sociolinguistique et urbaine d’Alger qui constitue le creuset du plurilinguisme algérien et tout ce qu’il véhicule comme spécificités identitaires, sociales, politiques, culturelles, régionales et autres. Comprendre les discours véhiculés à travers cette pratique aiderait énormément à penser la ville comme un système social en identifiant les catégories de populations qui y vivent. Il y a une interdépendance entre la ville et les rapports de force qui la régissent, visible concrètement, pour le cas d’Alger, au niveau de la Houma. C’est à partir de cette interdépendance entre la ville d’Alger et ses composantes sociales que la problématique urbaine est formulée dans cet article.
Les murs de la ville sur lesquels se laisse voir un dynamisme pluridimensionnel, sont en quelque sorte, une tribune d’expression et une scène sur laquelle les graffiteurs se donnent en représentation. Ils s’approprient l’espace urbain, qui est fondamentalement public, pour mettre en valeur des discours sur leur vécu, en utilisant différentes langues (français, arabe algérien, tamazight, arabe littéraire, anglais et autres…) et un arsenal de représentations graphiques, suivant la structure horizontale de la ville (quartiers) et aussi sa structure verticale (strates sociales).
Divers sont donc les questionnements que l’on peut se poser par rapport à ce phénomène langagier qui caractérise la ville d’Alger comme partout ailleurs. La dynamique ethno sociolinguistique de l’Algérie est représentée, de manière crue, à travers ces marquages, espace de « vi-lisibilité », qui se donnent à voir sur ces murs qui parlent. Que révèlent donc les graffiti algérois sur la société algérienne en général et sur les populations d’Alger en particulier? Comment s’articule le rapport entre Soi et l’Autre dans cette pratique langagière? Y a-t-il une corrélation entre les discours tenus à travers la pratique du graffiti et les langues choisies pour les exprimer?
L’analyse ethno sociolinguistique, sémio sociolinguistique et discursive des graffiti dans le milieu algérois permettrait de comprendre, d’analyser et de visualiser un tant soit peu, la situation complexe de la ville d’Alger et des populations qui y résident. Ce qui pourrait amener à proposer une réflexion sur des politiques linguistiques, dignes de ce nom, qui prendraient en compte les degrés d’usage et de reconnaissance des langues en présence, in vivo, et prendraient en compte également la diversité de la société algérienne dans toutes ses dimensions.
Mots clés: graffiti - Alger - plurilinguisme - vécu - ethnolinguisme - teneur discursive.